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 |Le plus court chemin d'une personne à une autre... c'est un brin de gentillesse| Pv Jacob Lowe

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Elisabeth

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MessageSujet: |Le plus court chemin d'une personne à une autre... c'est un brin de gentillesse| Pv Jacob Lowe   Mer 11 Jan - 21:18

Aux premières lueurs du jour, c’est d’une mauvaise nuit que je me lève, l’impression confirmée que je n’ai pas fermé l’œil de celle-ci. Je pensais, à tord, m’être accoutumée au bruit de ce pays. Forcée de reconnaître qu’il y avait bruit et bruit, je verse de l’eau fraîche dans une bassine de porcelaine et m’en asperge le visage pour éclaircir mes idées, effacer toutes traces de fatigue par le froid. Cette ville est plus bruyante que Londres et pourtant, Dieu sait que la capitale britannique n’est pas silencieuse la nuit. Mais jamais aucun coup de feu n’avait résonné en pleine rue à une heure indue. Pas plus vociférait-on sous votre fenêtre comme si tout le monde avait besoin de savoir que votre voisin avait regardé de travers votre femme ou qu’un autre avait triché durant la partie de carte, qu’une chance pareille au poker, c’était de l’indécence. Ces gens, ceux qui m’ont tenu éveillée en tout cas, n’ont aucune pudeur et guère plus de retenue.

Je m’habille rapidement, soigneusement, avant de quitter la chambre qui m’a été allouée pour la nuit par la veuve tenant la pension de famille dont j’avais poussé la porte la veille. Dans les escaliers flottent une agréable odeur de café, d’œufs brouillés, de pain fraîchement sorti du four et de bacon grillé à point. J’en ai l’eau à la bouche tant j’ai faim. Les quelques arrêts sur le trajet de la diligence ne pêchent pas par l’excellence de leurs cuisines. Je pensais être la première levée mais en entrant dans la pièce servant de salle à manger, je découvre qu’il n’en est rien. Déjà, d’autres pensionnaires sont attablés et attendent patiemment l’arrivée de leur petit déjeuner. Le vieux mineur dont j’ai fais la connaissance sans rien avoir demandé. Il vit ici à demeure depuis plusieurs années, ayant délaissé sa tente quand des rhumatismes avaient commencé à le faire souffrir du dos. D’après ses dires, cela devait être pour quelques semaines mais la cuisine de madame Murray avait eu raison de son avarice naturelle.

Si je le soupçonne de resservir cette histoire à tous les voyageurs, je le trouve néanmoins sympathique et lui rend son salut d’un mouvement de la tête. Dans le coin opposé de la pièce, une jeune femme et ses deux enfants. Les turbulents galopins peinent à rester en place et à la rougeur des joues de leur mère, elle s’épuise à leur inculquer les bonnes manières. Ses traits sont fatigués, ses yeux cernés et sous sa coiffe blanche amidonnée, quelques mèches de cheveux blonds frémissent à chaque fois qu’elle retient son ainé sur sa chaise. Ils sont arrivés quelques jours avant moi et y restent jusqu’au retour de l’homme de la famille, parti quémander du travail dans les ranchs avoisinants.

A deux tables d’eux se trouve un homme que je n’ai pas souvenir d’avoir croisé la veille au souper. La petite quarantaine, peut-être cinquante, il a des cheveux mi-longs qui lui tombent sur les épaules, des traits marqués par les années qui se sont écoulées et des yeux d’un gris perçant qui semblent pouvoir sonder l’esprit rien qu’en croisant les vôtres. Le détaillant rapidement du regard, je remarque la croix qu’il arbore. Je marque un étonnement d’un léger haussement de sourcils à l’idée qu’il puisse s’agir d’un homme de Dieu mais me ressaisit promptement, songeant la chose improbable à la vue de sa mise. Aucun prêtre en Angleterre ne sortirait sans plus de signes distinctifs que sa croix. Ces hommes là, du moins ceux que j’ai pu rencontrer, sont plus orgueilleux qu’ils ne veulent bien l’admettre.

Je m’installe à une table qui se trouve près de la fenêtre et guette dans la rue le seul visage connu de Sunset Hill. Le notaire de feu mon grand-père a promit de venir tôt dans la matinée afin de me guider. Quelques minutes s’écoulent et madame Murray entre en apportant le petit déjeuner. Le même menu pour tout le monde, seule la boisson peut varier en fonction des goûts. Elle dépose devant chacun des assiettes bien remplies, ajoute une miche de pain et une tasse encore avant de se renseigner sur ce qu’elle doit servir à boire pour accompagner le plat. Elle s’en retourne presque aussi vite dans sa cuisine, laissant chacun savourer sa cuisine. C’est en silence que chacun mange. Même les enfants ont fini par se visser à leurs chaises en voyant les œufs arriver. La gourmandise est un vilain défaut dans mon milieu. Une jeune fille bien née est censée manger avec parcimonie, goûter du bout des lèvres mais ne pas se goinfrer. N’étant plus à Londres et surtout plus sous la surveillance constante d’une quelconque autorité, je me remplie le ventre sans aucun état d’âme. Mourir le ventre plein me semble préférable à l’inanition et comme je n’ai qu’une vague idée de ce qui m’attend aujourd’hui et même les jours à venir, je pense que faire honneur à mon assiette est une preuve de sagesse.

Le café servit entretemps par madame Murray m’aide à faire passer le tout et quand elle me tente avec une part de tarte aux pommes, je ne résiste pas longtemps avant de céder à la gourmandise. Je me garde néanmoins de jeter un œil vers l’homme qui se pare de sa croix, préférant ignorer sa désapprobation, pour peu que cela l’intéresse. Je n’ai pas encore quitté la table quand un tout jeune homme d’une quinzaine d’années à peine passe le nez dans la salle à manger et s’approche de la mienne. Une main sur son chapeau en guise de salutation, il me tend un pli avant de repartir comme il est venu. Curieuse, je prends connaissance du contenu, non sans avoir pris le temps de remercier le jeune garçon, et fronce les sourcils de contrariété en découvrant que le notaire est retenu par une autre affaire, qu’il ne sait quand il pourra se libérer. L’idée de rester cloîtrée toute la journée ne m’enchante guère. Quant à sortir et déambuler dans les rues sans but, cela ne m’emballe pas davantage. Au retour de madame Murray pour débarrasser mon assiette, je m’enquerre :

- Qui me recommanderiez-vous pour guide, madame ?

La veuve se caresse le menton, réfléchissant à la question à voix haute. La discrétion comme la pudeur semble s’être perdue dans l’Ouest. Elle évoque quelques noms avant de les repousser, affirmant que l’un d’eux a du quitter la ville récemment car la corde lui était promise, qu’un autre dessaoule sans doute dans un coin et que le dernier venait de partir avec un convoi de bétail pour Abilene.

- La foire, vous comprenez, ajoute-t-elle comme si cela doit couler de source.

Je ne vois pas, non. Mais je suppose que c’est un évènement important pour les éleveurs ou quelque chose du genre. Elle reste là, examinant d’autres noms et je patiente poliment, me retenant de la remercier pour son aide mais que je vais attendre le notaire finalement.
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Jacob J. Lowe
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MessageSujet: Re: |Le plus court chemin d'une personne à une autre... c'est un brin de gentillesse| Pv Jacob Lowe   Jeu 19 Jan - 0:41

[hrp] Désolé pour le retard, j'espère que ça ira quand même... [/hrp]


Comme à son habitude, Jacob s’était levé tôt ce matin là. Non pas qu’il y était obligé ou que ses fidèles attendaient avec impatience l’ouverture des portes de l’église – elle se faisait d’ailleurs de plus en plus déserte –, mais c’était plutôt devenu une habitude avec le temps. C’était la seul chose que l’on pouvait perdre sans jamais regagner par la suite. La fuite du temps était à la fois une bénédiction et un fléau. Jacob peinait à croire qu’il approchait de la cinquantaine à grands pas. Sa jeunesse était loin derrière lui, tout comme sa vie antérieure. D’un certain côté, Sunset Hill lui avait permis de prendre un nouveau départ qui lui faisait oublier les ravages du temps sur sa personne, bien que son corps le lui rappelle de temps à autres.

Ce matin-ci, il était invité à la pension de madame Murray pour prendre le petit-déjeuner. Jacob appréciait sa compagnie bien qu’elle ne fut jamais très calme, tant par son attitude naturelle que par les personnes qu’elle hébergeait. Ce fut encore le cas cette fois-ci.

La demeure sentait bon comme à son habitude. Un parfait petit-déjeuner bien traditionnel de l’Ouest, et habilement préparé par son hôte. A son arrivée, tout naturellement, Jacob ne put s’empêcher de demander si madame Murray n’avait pas besoin d’aide, même s’il n’ignorait pas la réponse. Gentiment, il se fit éconduire et pris donc place à table, voyant la pauvre femme qui semblait débordée entre ses clients, son bacon à griller et ses œufs sur la poêle. Mais elle était une de ces femmes au caractère bien trempé de l’Ouest américain, et rien n’aurait pu la faire changer d’avis. C’était une question de fierté.

Arrivé tôt, Jacob n’avait au départ pour seuls compagnons que son hôte, évidemment, ainsi que le vieux mineur qui logeait ici quotidiennement. Laissant madame Murray à sa cuisine, les deux hommes échangèrent aimablement quelques broutilles quand descendirent une jeune femme avec ses deux enfants, suivis de près par son mari. Celui-ci ne resta pas et s’en alla trouver des offres d’emploi dans la région. Et voilà ce qui faisait dire à Jacob que ce n’était jamais calme chez madame Murray. Mais c’était aussi ce qui faisait le charme de l’endroit et probablement la gentillesse de la dame. La petite famille s’installa tant bien que mal à quelques tables de lui, la femme tentant de raisonner ses jeunes enfants à propos d’une histoire de monstre non loin d’ici.

Jacob pensait que tous les clients étaient à présent descendus. Il était venu quelques jours auparavant et il n’avait pas été informé de nouvelles arrivées. Force était d’admettre qu’il s’était trompé lorsqu’il vit descendre une jeune femme. La vingtaine, à peine, très probablement. Jacob ne put s’empêcher se penser à sa jeunesse perdue en la voyant. Outre sa jeunesse, il ne faisait aucun doute qu’elle était toute nouvelle dans la région. Dans le pays également. Elle ne semblait pas vraiment à son aise et Jacob n’eut que peu de mal à saisir son malaise. C’était pareil pour bon nombre de nouveaux venus dans l’Ouest, surtout pour une jeune femme.

Elle le détailla rapidement des yeux avant d’aller s’asseoir près d’une fenêtre et de scruter la rue. Jacob la suivit du regard avant de se détourner et de prendre le journal qui était posé sur la table à côté. Il remercia madame Murray lorsqu’elle lui apporta son repas – qui était le même pour tout le monde – puis reprit sa lecture en précisant qu’il prendrait un thé, comme à son habitude. Mis à part cela, il ne détacha quasiment pas son regard des lignes du journal, sinon pour jeter quelques rapides coups d’œil à la dernière arrivée. Une personne morte de faim n’aurait sans doute pas mangé plus vite et plus abondamment qu’elle. Ce devait être une aristocrate qui, pour une fois, pouvait manger à son aise loin des regards de ses semblables. Un sourire aux lèvres malgré tout, Jacob se plongea de nouveau dans son journal et ne fut dérangé que par l’arrivée d’un courrier.

La missive était destinée à la mystérieuse jeune femme, qui cherchait apparemment quelqu’un pour la guider dans la région. Evidemment, elle demanda conseil auprès de madame Murray qui, tout aussi gentille et accommodante qu’elle soit, n’était pas vraiment la personne indiquée pour ce genre de conseil. Elle n’avait pas que des fréquentations de très bonne compagnie, du moins de ce que pensait Jacob. Voyant qu’elle ne trouverait personne de convenable, Jacob se leva et se dirigea vers les deux femmes.


« Si vous n’y voyez pas d’inconvénients, je me ferai une joie de vous aider, mademoiselle… ? »

Avant de la laisser répondre, il reprit rapidement la parole, s’étant rendu compte de son impolitesse.

« Oh, pardonnez-moi de ne pas m’être présenté. Jacob Lowe, je suis le responsable de l’église de Sunset Hill, que vous avez du apercevoir en arrivant. »
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