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 De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]

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Jarosław Koslowski
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MessageSujet: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Sam 23 Fév - 21:17

Sunset Hill était recouverte d'un linceul blanc. Ensevelie sous la neige, éreintée par le froid, elle semblait agonisante, presque morte. Ses rues, autrefois agitées, vivantes, piétinées par hommes et chevaux, semblaient désormais désertes, laissant place aux crissements des flocons qui tombent, et aux hurlements stridents du vent. Seuls ça et là, s'aventuraient encore quelques âmes vagabondes, pauvres silhouettes contraintes par la force des choses à quitter leur domicile pour quelques raisons nécessaires que ce soient. Parmi elles, un homme de carrure moyenne, couvert de divers fourrures cousues les unes aux autres d'une main maladroite, reconnaissable -pour les rares personnes qui le connaissaient- à son vieux chapeau de paille usé; c'était Jarosław Koslowski, le Polak.

Se frayant un chemin entre bourrasques et chutes de neige, tenant fermement son chapeau pour ne pas qu'il s'envole, le mercenaire avançait péniblement. Il n'arborait que d'une façon moins satisfaite et moins expressive sa sûreté et confiance habituelle; l'hiver avait été rude pour tous. Il n'y faisait pas exception: il n'avait trouvé, depuis les première chutes de neige, que peu de contrats à effectuer, et ceux-ci, essentiellement dans la ville principale de la région, Canyon City. L'argent ne coulait pas à flot comme il l'espérait, loin de là. Son renouveau de carrière ne se faisait que très lentement. Peu à peu, il vit mêmes ses liquidités disponibles diminuer, contraignant l'européen à se limiter aux dépenses essentielles - pour garder un minimum d'argent pour après l'hiver-, et à laisser ses main traîner sur les pourboires malencontreusement trop éloignés des regards du patron et des clients soûls. Régulièrement à court de bois et de nourritures, il devait de plus en plus se tourner vers des alternatives aux stocks du Saloon vendus aux clients -dont il faisait parti- à un prix qu'il jugeait définitivement trop cher, voire même exorbitant. C'était ainsi qu'il avait entendu parler de l'existence d'une quincaillerie à Sunset Hill, qui, bien que sombre et puante, vendait d'un peu de tout.
Voilà qu'il se retrouvait donc sur le chemin de la boutique, faisant crisser la neige sous ses pas, et expirant de faibles buées transparentes qui se perdaient dans le vent. Le visage gelé, les fourrures blanchies, il se croyait presque en Pologne. Cependant, le panneau annonçant «Supply» face à lui, le fit revenir à la réalité. Secouant un peu la neige de son manteau improvisé, il décida d'entrer.

La première chose que l'on pouvait dire, c'est que la description faite des lieux, bien que balbutié par un ouvrier ivre-mort, n'était guère trompeuse; l'endroit était effectivement plongé dans une semi-pénombre, imprégné d'une forte odeur, et croulant sous un air et une ambiance lourde et pesante. Avançant lentement dans ce qui lui semblait être une véritable caverne en bois, il aperçut à sa droit tout un rayon d'objets divers et variés. Mais, il lui semblait également avoir entendu une personne. Le vendeur était donc bien présent, comme l'affichait la pancarte à l'entrée. Restait-il à espérer qu'il ne corresponde pas excessivement à la quincaillerie qui était sienne.

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Francis Jefferson

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Sam 23 Fév - 22:13

Encore une journée dans ce putain d'enfer gelé. A en regretter d'avoir quitté le chemin de fer, là ou la moindre brise d'air frais est récoltée avec soulagement et ou les hivers sont vaillamment combattus avec des poêles bourrés de charbons. Quoi qu'il en soit, encore aujourd'hui, le gamin demeurait emmitouflé dans une des fourrures de l'établissement, attendant le foutu instant où le clocher sonnerait pour déclarer sa journée terminée.

Mais il en était loin de cette heure, et puisqu'il ne coutait qu'une bouchée de pain à son foutu employeur, cela ne le dérangerait pas de risquer sa mort par hypothermie dans un bâtiment capable de résister à une pluie de plomb mais qui n'a même pas bénéficié d'une isolation quelconque. Qu'il aille donc crever d'un choc thermique la prochaine fois qu'il mettra le nez dehors, cela lui apprendra à dépouiller le magasin d'une grande partie de son stock de bois...

Les gens s'étaient rués sur ce qu'il restait, bois de chauffage, de cuisine, charbon, tout était partie depuis belle lurette. Ha ça oui, ça avait été une sacré journée et Francis avait été à plusieurs reprises au bord de vouloir abattre quelqu'un dans le tas... Mais au fond, il n'avait pas les couilles pour péter un tel câble. En revanche, pour sur que le curé en savait quelque chose grâce à la piété du gamin.

Et puis voila encore quelqu'un entrant, sans doute un retardataire... Ou bien un ours sortis momentanément de son hibernation. Sans même ouvrir sa fourrure pour mettre la main à sa carabine, le pauvre vendeur sortis quand même d'une somnolence qu'il savait potentiellement mortelle et lança au visiteur, d'un ton plutôt confiant puisque le magasin n'avait plus rien de valeur ni le moindre sou en caisse :


- Nous n'avons plus de bois depuis des semaines. Vous vous faites du mal...

Oui, alors pour le coup, c'est vraiment pas très vendeur. Mais dans le même temps, vu que justement, depuis quelques semaines de pénurie son occupation principale reste de décevoir et de devoir renvoyer les gens qui s'imaginent qu'en le menaçant ou en le suppliant, il pourrait chier des stères dans l'instant, sa patience avait atteinte certaine extrémité qui ne laissait plus beaucoup de place à la courtoisie... Tant pis, il en aurait bien assez à offrir aux survivants une fois le Printemps venu.
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Jarosław Koslowski
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Sam 23 Fév - 22:54

Le Polak était sorti d'une tempête de neige, glacée et mordante, pour s'engouffrer dans une véritable caverne faite de clous et de bois, puante, froide et obscure. Au final, il n'était plus vraiment sûr de gagner au change, l'ambiance étant loin d'être des plus agréables ou des plus supportables. L'air lourd, pesant, gênait même le polonais, qui fronça un court instant ses sourcils, d'un air irrité. Avançant lentement, faisant grincer les planches sous ses pieds, il examina – yeux plissés – la grotte qu'il venait de pénétrer. L'hiver était vraiment exceptionnellement rude, pour l'amener à visiter des endroits aussi, si ce n'est même plus louche, qu'un repère de mexicains alcooliques...
Délaissant ses observations générales, Jaro' décida de se tourner vers la large rangée d'objet qui se trouvait à sa droite. Y étaient, dans un désordre certain, de nombreux ustensiles divers et variés, tous de cuivre. Toute trace de bois avait, évidemment, définitivement disparue. Les villageois avaient du s'abattre sur ces dernières réserves comme des hyènes voraces et affamées. Le vendeur, en revanche, avait du se faire une belle somme, qui cependant, sommeillait sans doute déjà quelque part à l'abri, dans un coffre de la banque. Fallait-il vraiment qu'ils soient aussi avares et aussi précautionneux, ces gens là, … D'ailleurs, ce fût exactement à ce moment là qu'une voix peu impressionnante annonça ce qui semblait une évidence même, que le stocks de bois étaient épuisés.

Toujours le dos tourné, le polonais eût une légère mou, signe d'une légère déception qui n'en était que partiellement une; au fond de lui, il avait été sûr et convaincu, à l'instant même où il avait quitté le Saloon, qu'il ne trouverait aucun bois ici. Il allait devoir se trouver une autre alternative, fort probablement moins licite. Mais qu'importe, la seule loi qu'il connaissait était celle qu'il, et sa réputation, se dictèrent. Au moins allait-il chercher une autre chose de son intérêt, d'une part, par nécessité pure et simple, d'autre part, pour faire comprendre au monsieur derrière lui, qu'il n'avait toujours pas vu -ne s'étant même pas retourné-, qu'il n'avait pas besoin d'un quelconque avis pour avoir la permission ou non de faire un peu le tri parmi les objets présents.
Cependant, toujours aussi gelé, et un peu fatigué, il ne se laissa pas au sarcasme, ni à la rhétorique qu'il pouvait employer par moment, bien que relativement rarement. Gardant plutôt ce flegme qui l'avait caractérisé lors de son arrivée en ville, il lâcha simplement, avec son accent polonais lassé;

« Laissez-moi cherrrcher ce qu'il me faut.»

Parcourant toujours les ustensiles cuivrés, les déplaçant dans un sens et dans l'autre, il parcourût les objets métalliques, cherchant au moins une lame de rasoir et des ciseaux. Il fallait au moins qu'il puisse continuer d'entretenir sa barbe. Il était inimaginable qu'il finisse par avoir une de ces longues broussailles américaines de trappeur, qui lui semblèrent fort ridicule. Continuant sa recherche, il ne prêta pas grande attention au vendeur, se disant que vu le son de sa voix, sa tonalité, ce n'était définitivement par une grande menace...

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Sam 23 Fév - 23:27

Aussi vif et attentif que possible, Francis observait son curieux visiteur. Bizarrement, il sentait que ce n'était pas comme d'habitude, qu'il n'avait pas juste affaire a un banal habitant, comme lui, venant juste pour nettoyer soi même l'endroit en se disant que si il y met du cœur, il trouvera sans doute une stère oubliée sous une toile d'araignée. Non, c'était pas vraiment normal...

Mais dans le même temps, sortir les allumettes et la dynamite avaient ce petit quelque chose d'un poil too much, genre qu'il paraissait un peu exagéré de rien du tout de risquer de faire chuter le toit sur leurs têtes par ce que, l'esprit engourdit par le froid, la voix d'un client ne lui revient pas.

Mais... Allez, le gamin daigna entre-ouvrir sa fourrure et, grelottant, s'empara doucement de sa carabine, chargée depuis de bien nombreux jours, quand il a fallut faire comprendre que le premier qui tentait de déclouer une planche serait la prochaine décoration hivernale pendue à côté de l'entrée. Ainsi, il s'en empara en toute discrétion et ne la leva même pas. La tenir bien fermement en gardant le tout sous sa fourrure lui offrait le bénéfice de la surprise, c'était déjà ça.

Et puis... Rien ! C'est chiant comme rien ne se passe à la bonne vitesse, et voila le froid qui recommence à l'engourdir, ses paupières qui peinent à rester en place. Somnoler tout seul, okay, mais avec un client dans le coin, jamais ! Aussi, histoire de se maintenir un tant soit peu attentif, le jeune homme parla à nouveau, cette fois, d'une voix plus lasse, laissant également entendre le claquement réguliers de ses dents.


- Qu'est ce que peut bien chercher quelqu'un... Si ce n'est du bois, ou de l'alcool ? Bientôt on commencera à démonter les taudis, puis les commerces, et enfin, les manoirs, tout ça pour éviter de perdre un orteil, qu'on se lève du pied gauche ou du droit.

Comme j'envie tous ces putains de mexicains. Même à cette période de l'année, ils doivent suer comme des porcs sur un méchoui dans le sud, et nous, à côté d'une foutu forêt, on est à cours de bois... Putain... C'est pas comme si on se chauffait au cactus, merde.


Au moins, le Polak se consolera en se disant qu'il ne risque pas d'avoir ce genre de conversation là chez un barbier. Et pour cause, un mec maniant une lame de rasoir en crachant sa bile, c'est bon pour finir avec une raie vachement mal placée. En tout cas, s'échauffer un peu et cracher une colère injustifié aura au moins l'avantage de réchauffer le gamin... Même si se foutre en rogne et se monter la moutarde au nez tout seul risque surtout de laisser les orteils en déficit sanguin, pas de quoi lui couter une vie de cul-de-jatte, mais sans doute assez pour se viander comme une merde si il se lève trop vite.
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Jarosław Koslowski
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Dim 24 Fév - 0:01

Jaro' triait toujours lentement ses petits outils cuivrés, discernant un tas de gauche et de droite, respectivement celui qu'il n'a pas encore fouillé, et celui constitué d'ustensiles dont il ne voulait pas. Prenant les objets un à un, il les leva à auteur d’œil, les scruta attentivement, puis les rangea. On aurait pu croire qu'il était en train de faire l'inventaire des biens disponibles, alors qu'en réalité, il ne cherchait qu'une lame de rasoir et des ciseaux qui tous deux ne soient pas émoussés ou rouillés, comme un-deux modèles qu'il venait déjà de déposer dans le grandissant tas de droite. N'aurait-il pas dialoguer tout à l'heure avec le vendeur, on aurait pu croire qu'il s'imaginait seul dans la quincaillerie.

Enfin, alors que ces recherches semblaient s'éterniser, simultanément à la nouvelle prise de parole du commerçant, il découvrit un des deux objets désirés. Examinant de plus près la lame qu'il tenait entre les mains, les plaintes entrecoupées de claquement de dents du caissier, comme quoi on démonterait bientôt les habitations pour trouver du bois et se chauffer ne le touchaient pas beaucoup. Si cela avait lieu, il serait lui, le Polak, un des premiers à en profiter. Il se contenta donc juste de remarquer, d'une voix neutre et lasse, toujours aussi accentuée à l'européenne de l'est - en faisant une légère allusion aux structures boisées excessives de la boutique – ;

« Les gens irrront cherrrcher le bois là, où il y en a. »

Alors qu'il ponctuait sa fin de phrase, il s'enleva, d'un geste simple mais prudent, à l'aide de la lame de rasoir fraîchement trouvée, une légère plaque de gel du visage. Ayant ainsi fait ses preuves, l'objet était mis de côté, se voyant garanti d'être acheté. Ne restait-il plus qu'à trouver des ciseaux en valant vraiment la peine, tout en ignorant les remarques du jeunot sur les mexicains qui tout au plus, arrachèrent un léger soupir voilé de buée à l'ancien mercenaire. C'est alors que lassé de ses recherches, Jaro' allait, chose exceptionnelle, poser une question à l'individu en charge des lieux. Se retournant vers celui-ci, le Polak pût constater que le physique du jeune homme correspondait bien à sa voix. Il n'avait rien de très effrayant. C'était sans doute le genre de gens à essayer de faire bonne figure, tout en étant constamment au bord de la rupture de nerfs. Le regardant droit dans les yeux, de son regard glacée, il lui demanda d'une voix calme, l'air sérieux, un léger froncement de sourcils sur le visage;

« Vous avez des ciseaux dignes de ce nom, quelque parrrrt, ici ?»

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Dim 24 Fév - 13:13

Continuant de bredouiller des trucs inintelligibles dans sa barbe de tout jeune adulte, Francis n'avait pas l'air d'avoir tant aimé la remarque de son interlocuteur. Du côté de la survie ou de civilisation, il avait bel et bien choisis la civilisation, et croyez moi qu'il se suicidera avant qu'on ne lui fasse avaler de la barbac' douteuse, en revanche, il attendra de pied ferme ceux qui s'imagineront avoir le droit de céder à la sauvagerie et à renier ce qui fait d'eux des hommes.

Sous sa fourrure, il relâchait de temps à autres sa carabine pour se frictionner gentiment les mains et se maintenir bien chaud. En faisant ça, il pensait à tout ces gens qui bouclaient leurs commerces histoire de pouvoir rester au chaud chez eux, et lui qui, pour une paye misérable, devait se taper ces longues journées dans le froid et les courants d'airs laissés par des planches épaisses mais mal agencées.

Et enfin, son client vint le ramener à la réalité, faisant cesser son espèce de bouderies pour écouter sa question. Question à laquelle il leva ses petits sourcils avant de répondre par une autre question.


- Quoi ? Y'en a plus du côté des rasoirs ?!

Pure question rhétorique puisque, vivement, l'américain tourna sur son tabouret, se montrant de dos au Polak avant de se lever pour ouvrir la porte dans son dos, laissant entrevoir l'arrière-boutique où aucun bois ne semblait se montrer. Bien sur, il y avait des outils à manches, mais franchement, le jour ou on viendra acheter ou même piquer des manches de pioches pour se chauffer avec, c'est qu'il ne restera plus qu'une bâtisse debout pour trois survivants qui auraient trop peur de se coller les uns aux autres.

Bref, il ne fallut qu'un petit instant à Francis, avec quelques jurons et quelques bruits de bric à brac renversé ou heurtant une botte, pour qu'il ne revienne, la fourrure bien ouverte pour laisser visible ses bras, le gauche tenant toujours la carabine avec un doigt proche de la détente, l'autre une paire de ciseaux tout a fait convenable qu'il déposa sur le comptoir avant de demander, d'un ton un poil plus commerçant cette fois :


- Ce sera tout m'sieur ?
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Jarosław Koslowski
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Dim 24 Fév - 17:55

Informant le caissier -ou plutôt la fourrure d'ours ambulante-, de l'absence de ciseaux non-émoussés dans les stocks présentés aux clients, celui-ci répliqua par une de ces questions purement rhétoriques, comme seuls les commerçants savaient le faire. N'attendant aucune réponse, il pivota à la façon d'un vieux manège sur son tabouret, se leva promptement pour ensuite, semblait-il, se diriger vers l'arrière de la boutique, là où étaient entreposées toutes les réserves et toutes les pièces de rechange. Alors que la porte y menant s’entrouvrit avec un léger grincement, le polonais y jeta un vif coup d’œil. Cependant, il n'y vit – ou tout du moins reconnût – malheureusement pas grand chose. La distance combinée à la semi-pénombre dans laquelle la quincaillerie était constamment plongée l’empêchaient de bien distinguer les fournitures. Et les rares choses qu'il crût décerner, n'en valaient pas la peine, ne faisant pas partie de la liste des objets prioritaires aux yeux du Polak. Au moins le vendeur avait-il été honnête sur ce point.

Alors que la fourrure d'ours semblait encore en pleine recherches, à moins d'avoir été pris d'un fou accès de rage destructrice -à en juger par les bruits métalliques qui parvinrent jusqu'aux oreilles de Jaro'-, celui-ci décida, sans pour autant se déplacer, de brièvement scruter les lieux autour de lui et de se remémorer l'essentiel. Cela pouvait peut-être servir un jour, qui sait? Dans le cas très improbable où il se voyait obligé de fuir pour une quelconque raison – l'arrivée d'un groupe trop imposant de chasseurs de primes chargés de le descendre pour avoir tué l'adjoint du maire au Teennessee? – et de trouver un lieu plus aisé à défendre que d'être en pleine rue? Peu adepte de la paranoïa et plutôt sûr de lui, le Polak rejeta sans le moindre doute cette hypothèse, tout en gardant à l'esprit la structuration de l'endroit. Puis, se reconcentrant sur sa lame de rasoir qu'il avait toujours en main, il la déposa tout simplement sur le comptoir, juste au moment où une silhouette animale, une carabine et des ciseaux en mains, fit son apparition. Dévisageant l'arme, le polonais lâcha une petite question sarcastique, bien que d'un ton peu moqueur;

«Z'étiez à la chasse?»

Puis, prenant l'outil fraîchement déposé, il ne répondit pas encore toute suite à l'interrogation du vendeur. Relevant légèrement son chapeau de paille et prenant une petite mèche de cheveux, il en coupa le bout, pour s'assurer de la qualité de l'objet. Il ne suffisait pas que les ciseaux avaient l'air tranchants, il fallait qu'il le soit aussi. Et il semblait bien que cela était relativement le cas, bien que ce n'était pas tout à fait parfait. Hésitant à faire une remarque, il se contenta finalement de poser l'objet sur le table, aux côtés de la lame de rasoir, et de dire simplement;

«Je prrrend.
Ce serra tout.
»

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Dim 24 Fév - 19:35

Regardant calmement faire son client, le gamin eut un bref et quelques peu furtif sourire avant de poser sa carabine à son emplacement originel, sous le comptoir. Les mains ainsi libérées lui permirent d'ouvrir un livre de compte qu'il déposa sur ses genoux une fois qu'il se fut assis. Les yeux plissés, il chercha le prix des deux objets, prix qu'il trouva rapidement et énonça à l'adresse du Polak pour lui permettre de sortir son argent.

Pendant ce bref laps de temps, le gamin sortis un stylo plume et, de sa main gauche, quoi qu'il eut, pour le coup, bien relevé le livre de compte pour ne pas le montrer, inscrivit tant bien que mal la vente en s'appliquant à esquiver toute pattes de mouches. Selon son avis personnel, il ne serait pas vraiment bien que le curé apprenne qu'il se trimballait un véritable gaucher... Pour le tir au fil, on peut se trouver des excuses, mais pas du côté de l'écriture.

Puis, enfin, il rangea le stylo et le livre de compte et prendra, dès que possible, l'argent de l'homme afin de l'encaisser et, éventuellement, lui rendre un peu de monnaie.


- Voila... Normalement, à cet instant, je dois vous souhaiter de revenir. Mais franchement, qui souhaiterait à son prochain d'avoir à braver le froid pour rien ?

Sinon, dans un registre tout aussi inutile, l'établissement rachète le bois de chauffage. Je suppose que le patron ne s'est pas fait de l'argent avec ce genre d'idées, mais bon... Si vous en trouvez, on vous le reprendra sans poser de question, mais pas de planches ni de trucs pourris ou moisis.


Ce qu'il avait l'air misérable à cet instant, pour de vrai, un pauvre gamin rendu complètement incapable de soutenir la politique marketing du propriétaire tant elle lui paraissait lui même stupide. Quoi qu'il en soit, une fois la transaction terminé, il observera Jaroslaw avec un air un peu benêt, comme si c'était possible que, dans la minute, le type lui dise que "ha bah oui ça tombe bien j'ai plein de bois en trop là", à moins qu'il attende seulement que ce même type acquiesce pour pouvoir lui souhaiter quand même une bonne journée comme il se doit.
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Jarosław Koslowski
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Dim 24 Fév - 22:09

Saisissant ses nouvelles acquisitions, il les rangea dans une poche intérieure, un faible et bref sourire apparaissant. Comme quoi, malgré l'hiver et le froid, le vent et ses hurlements, la puanteur et l'obscurité de la quincaillerie, un simple achat des plus anodins pouvaient être une bonne chose, rappelant un peu qu'un quotidien plus habituel allait sans doute reprendre sa place, une fois la neige dégelée, le ciel dégagé, et les ressources de la ville reconsidérées. Il devait – et voulait – garder à l'esprit que les circonstances exceptionnelles n'étaient pas vouées à durer, à s'éterniser. D'ailleurs, il en espérait de même de sa précarité, dépensant ces derniers temps plus d'argent qu'il n'en gagnait – et bizarrement, sa chambre de Saloon y était aussi pour quelque chose... Et comment donc! Mais, fallait-il voir, comment inverser la tendance? Quel genre d'individu nécessiterait un mercenaire davantage à des réserves de bois pour ne pas mourir de froid?

Interrompu dans ses pensées par l'annonce du prix des biens qu'il venait d'acheter, il resta immobile une seconde, reconsidérant le prix en équivalent alimentaire, mais chassa bien vite ses réflexions. Il avait beau avoir une forte tendance à manger, en quantité ET qualité, il n'allait pas délaisser sa barbe pour un pauvre met du Saloon... Surtout que ces derniers temps, le rapport qualité/prix des repas semblait terriblement se dégrader au profit du patron... Quels rapaces, à faire ce qu'il aurait bien aimé faire lui-même; profiter d'une situation pour se faire une belle somme. Sortant donc quelques fragiles billets verts d'une autre poche, il constata qu'il avait sorti exactement le chiffre de dollars exigés. Et pour cause, c'était la somme qu'il s'était accordé à dépenser pour des besoins importants, mais tout de même quelque peu secondaires. Déposant d'un air neutre, bien que presque à contrecœur, ces liquidités auprès du vendeur, il s'attarda sur les propos prononcés par celui-ci, semblant plus intéressants que ceux précédemment énoncés. Le magasin rachetait donc apparemment du bois, sans poser de questions. Seuls bémols, les planches n'étaient pas acceptées. Que diable, il suffirait de les écharper un peu pour les faire ressembler à du bois quelconque et en garder les restes. L'idée de se procurer quelque chose dont il avait lui même besoin, pour le revendre, pouvait sembler ridicule, mais c'était un pari à prendre en compte pour gagner une belle somme d'argent.

«Je prrrend en note... Espérrrrons que votre offrrrre tienne longtemps.»

Puis, ayant achevé sa phrase, il allait tourner le dos au vendeur, alors que soudainement, il se figea. Pensif, il resta immobile une seconde avant de se retourner vers l'employé en fourrure d'ours. Il le questionna donc, comme s'il voulait s'assurer de quelque chose, comme si les propos tenus précédemment ne l'avaient atteint qu'indirectement. Un petit détail semblait avoir attiré, si pas toute, au moins une toute légère partie – ce qui n'était déjà pas mal – de son intérêt...

«Attendez... Vous avez bien dit 'patrrron', juste là?»

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Dim 24 Fév - 22:55

Laissant juste apparaitre un sourire en coin, Francis sembla quelques peu "satisfait" de se dire qu'au moins, même si il n'était pas bien poli vis à vis de son patron, il faisait au moins une partie du boulot convenablement. Saisissant que le client avait clairement prit note de son offre bien qu'il doutât fort que cela pourrait l’intéresser, il se contenta de hocher la tête.

C'est alors que la petite question tomba, comme ça, et fit s'étirer le sourire du jeune américain. Plus que le sourire, il eut même un bref rire nerveux tout en resserrant la fourrure sur son corps fin. Enfin, il semblait vraiment s'adresser normalement au Polak, le fin sourire aux lèvres, le ton de voix plus léger et un peu trop exclamatif :


- Bien sur, un patron, un chef, un employeur. Merde... Cette boutique est tellement pourrie que vous devez même pas voir que j'ai à peine l'âge pour me faire appeler "un homme". Vous bossez comme indépendant vous ?

Et c'est qu'en plus il s’intéressait maintenant à son interlocuteur. Comme quoi, des fois ça tiens vraiment à trois poils de bourse de se croiser sans même se regarder dans le blancs des yeux, et puis des fois, à partir d'un rien, on finirait p'tèt par partager la bouteille d'alcool. Bon, pour l'heure, le climat et la situation générale ne s'y prêtait pas, mais cela avait quand même éveillé quelque chose chez Francis que de voir quelqu'un lui accorder plus d'attention que d'émettre des hypothèses sur la fidélité de sa génitrice au sujet de, comme quoi, elle, elle devait surement rentrer beaucoup de bois cet hiver.

Bref, ça soulage de tomber sur quelqu'un de civilisé qui a un poil de conversation quand on arrive à le lancer. Et maintenant qu'il voit ça, le gamin serait trop malheureux de laisser passer cette chance d'échanger quelques mots, quelconques, mais un peu de contact humain normal... Comme il en avait eu cet automne...
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Jarosław Koslowski
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Lun 25 Fév - 13:43

Le mot «patron» avait légèrement éveillé l'intérêt du Polak. Celui-ci associait à ce mot plusieurs choses, qui lui manquaient cruellement ces temps-ci; que ce soit l'argent, le travail, ou les contrats juteux, il s'agissait avant tout d'un champ lexical tournant essentiellement autour du domaine pécuniaire, mais aussi du luxueux … En gros, il s'agissait là d'une des quelques rares bonnes façons de commencer une conversation avec Jaro'. Se retournant vers le caissier après un court instant d'immobilité, il le questionna donc pour s'assurer d'avoir bien entendu le terme en question.

La réponse du jeune homme lui décrocha un léger sourire. Il y avait donc bien un boss assez aisé dans les parages pour au moins faire bosser un pauvre bougre à sa place. Et s'il y en avait un, il y en avait forcément d'autres. Voilà qui évitera au Polak de se retrouver entre, et avec comme seuls choix, une plèbe trop maigre, et des propriétaires terriens trop riches et influents. Un minimum de classe moyenne était vitale à sa – ou plutôt ses – carrières, Jaro' restant quelqu'un d'assez polyvalent malgré tout. Enfin, cela ne restant bien sûr que des suppositions, il fallait s'assurer de la situation. Pour ne pas paraître trop abrupt à directement poser la question, l'européen reprit d'abord la remarque du caissier sur son propre âge et sa question, avant de revenir à ce qui l'intéressait essentiellement;

«On est homme quand on gagne son arrrrgent et qu'on sait manier une arme...
Enfin, pour revenir à votre question; j'ai tendance à trrravailler en indépendant, oui, mais j'effectue tout de même souvent diverrrs contrats auprrès de différents employeurrrs... Des gens sans doute un peu comme le vôtre... Sont-ils nombreux ici, à Sunset? Je ne connais la ville que depuis un temps... rrestrrreint.
»

Jaro' était certes ici depuis l'automne, il ne connaissait toujours pas beaucoup la ville. Il avait passé la plupart de son temps à l'intérieur du Saloon, ou alors plutôt dans les campagnes, comme lorsqu'il s'était trouvé un travail -fort peu rémunéré-, auprès de paysans terrorisés par une poignée de bandits mexicains. Mais malgré ses quelques faits d'armes, ça et là,il n'avait pratiquement encore aucune réputation dans la ville, rien de quoi se dégoter des contrats auprès d'autres choses que des ivrognes et des soûlards. Les grands propriétaires des Ranchs? Il ne fallait même pas y penser, cela restait du rêve. Tout comme l'idée d'un jour de prendre le contrôle de son propre commerce, puis d'élargir son influence. Là, pour l'instant, il n'était ni plus ni moins qu'un petit polonais armé, couvert d'un chapeau de paille usé, venant juste de faire ses emplettes auprès d'un employé en fourrure d'ours duquel il attendait encore une réponse. Rien de plus.

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Francis Jefferson

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Lun 25 Fév - 14:26

Le cul vissé sur son tabouret, le gamin croisa lentement les bras en écoutant son interlocuteur. Il gardait cet air un peu benêt de gentil gamin serviable, souriant et attentif. Déjà, rien qu'en détournant son attention du froid, il se sentait largement mieux, assez pour tolérer une ouverture dans sa fourrure qui y laissera entrer une fraicheur qu'il regretterait beaucoup ensuite.

Mais pour l'heure, on lui demandait carrément des informations sur les éventuels "patrons" du coin. Cela sembla beaucoup l'étonner puisqu'il se considérait, peut-être à tort finalement, comme le mec qui devait le moins voir de populace depuis son tabouret, l'hiver ne lui ayant pas permis d'agrandir son cercle de connaissance, si ce n'est ceux jurant qu'ils danseraient sur sa tombe...


- Eh bien... L'hiver n'as arrangé personne, mais si vous attendez le printemps, les commerces comme celui-ci auront peut-être du boulot à vous donner. Rien qu'ici, peu après mon arrivée, je me suis fait braquer donc je suppose que cela doit être un peu monnaie courante...

C'est pour ça que je garde toujours "ça" sous le manteau.


Dit-il en pointant du menton sa carabine adossée au meuble, près de ses bottes. Il la regarda un bref instant puis releva le nez pour continuer à parler. Eh oui, par ce que ce n'est pas par ce qu'il ne sait pas grand chose qu'il va s'épargner de bavasser au maximum hein ?

- Bref, pour l'heure, selon vos critère, je suis un homme depuis mes seize ans, mais il faudrait plus qu'un homme à cette ville... Toujours personne pour faire respecter la loi, qui sait, il est peut-être là le pognon, faire cracher un mec bien placé quelque part dans le gouvernement, j'sais pas, celui qui supervise le comté, ou le gouverneur, pour accepter de mener cette ville à la baguette et la rendre un peu plus attrayante et sécurisée...

Enfin, on peut y croire en tout cas, le pauvre mec se ferrait surement tirer dans le dos par la moindre racaille, il faudrait carrément tout une milice... Mais une milice entière pour tenir une ville, ça divise vachement le fric offert par l'état ça...


Ouaip, un peu benêt, assez gentil et souriant, mais ce n'en pas moins un garçon qui aimerait s'en foutre plein les poches la main dans le froc. Mais bon, visiblement, l'idée étant là de risquer de se faire trouer de plombs à tout instants... Il préfèrera sans doute continuer à se peler les miches dans un commerce locale, là ou au moins, il ne joue pas les héros pour à peine trois sous de plus.
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Jarosław Koslowski
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Lun 25 Fév - 15:29

Debout, le bras gauche posé sur le comptoir, toujours plus ou moins bien couvert par sa mosaïque de fourrures, le Polak semblait écouter attentivement les paroles du jeune caissier. On voyait bien que celui-ci avait involontairement réussi, d'abord par ses mots utilisés, puis par le sujet abordé, à gagner ne serait-ce qu'une étincelle d'intérêt aux yeux du polonais, ce qui n'était déjà pas si mal. Obtenant tout d'abord sa réponse quand au commerce, et aux possibles emplois qu'il pourrait obtenir, il eût un très fin sourire. Puis, lorsque le mot «braquage» tomba, le polonais haussa un léger sourcil, brisant davantage sa neutralité habituelle. Il voulût bien demander quelque chose à ce sujet ayant piqué sa curiosité, mais n'interrompit finalement pas l'homme en fourrure d'ours, préférant laisser finir de parler son vis-à-vis.
Celui-ci, restant fort heureusement au même sujet, commença à se plaindre du manque de respect des lois, voire même de sécurité, dans la ville, quémandant presque l'arrivée d'un gouverneur, d'une milice, ou de quoi que ce soit pour rétablir un minimum d'ordre, pour qu'enfin, revive le commerce. Écoutant d'une mine attentive, acquiesçant de temps à autres de la tête, l'homme aux yeux glacés prit finalement la parole, une fois le flot verbal du jeune homme achevé:

«Je vous comprends tout à fait... Quoi de pirrrre pour le commerce qu'une racaille désorrganisée, s'attaquant aléatoirrrement à ci, à ça, …
De plus... À ce que j'ai entendu, le dernier Shérrrif a mal fini...? Ça n'aide pas...
»

Voilà. Le Polak venait justement d'achever la description de la situation de la ville; il n'y avait même plus de shérif. Personne pour enquêter, pour faire quoique ce soit contre des braquages et des violences. C'était le risque – d'autant que les temps étaient rudes – d'une tendance vers une anarchie croissante. Et donc, l'endroit idéal pour un mercenaire, peut-être seulement une fois la crise du bois terminée, pour se faire de l'argent... Non ? C'était pour cela que Jaro' revenait au sujet initial, faisant par un simple hochement de tête, un geste du regard en direction de la carabine;

«Vous parrliez aussi d'un braquage...? Un simple voyou, si je puis me permettrrre l'expression...? ou bien plutôt...»

Il s'arrêta volontairement une-deux secondes, intensifiant le silence par un nouveau léger sourire, qui d'ailleurs paraissait plus sincère que le précédent car reflétant une certaine satisfaction. On voyait bien qu'il savourait les mots qu'il allait enfin prononcer. Défaisant son regard de la carabine et le plantant de nouveau dans celui du jeune homme face à lui, il acheva enfin sa question;

«Une tête mise à prix?»

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Francis Jefferson

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Lun 25 Fév - 16:22

Menant ainsi paisiblement la conversation avec le Polak, le jeune homme eut, effectivement, une pensée pour le dernier Shérif, il n'avait pas eu l'occasion d'assister de près ou de loin à sa fin, mais les rumeurs lui avaient amplement suffit. D'ailleurs, c'était clairement à cause de cela que l'idée de viser la justice pour tenter de se sortir de la misère ne l'avait pas plus tenté que cela... Peut-être dans un petit bled tranquille de fermier, mais pas dans un coin qui attirait autant de racaille et d'opportunistes.

Ainsi, les bras croisés, la tête du jeune homme semblait rebondir sur son cou, ceci se traduisant par de nombreux hochement pendant qu'il levait les sourcils, le regard dans le vide.


- J'imagine que le prochain shérif n'aura aucune idée de ce dans quoi il va se mettre...

Mais comme son interlocuteur n'en restait pas la, Francis daigna relever le regard et se montrer plus attentif à ses paroles. Grand bien lui en fasse puisqu'il lui posa quelques questions sur le braquage, quelques questions un peu gênantes d'ailleurs... Il n'avait pas vraiment s'agit d'un simple rascal à la noix... Il s'agissait de la mexicaine, ce qui était quand même sujet à interprétation et à réflexion.

- A vrai dire, selon ses propres mots lorsque je l'ai retrouvée, ce serait plutôt le genre à piquer de quoi tenir sans abuser. Pas vraiment de la simple racaille, mais pas non plus de quoi mettre une prime dessus. Mais bon, pour l'heure, faudra quand même attendre le printemps, sauf si quelqu'un est prêt à s'acheter quelqu'un pour sécuriser son bois...

Sinon, depuis tout ce temps que ces trucs étranges rodent en ville, peut-être que le prêtre aura une somme à allouer à celui ou celle qui lui apporterait des infos ou lui offre une bonne escorte pour une escarmouche. Bref, les possibilités ne manquent pas quand on est un indépendant, faut juste prendre ses couilles à deux mains et y aller franco.


Finalement, un peu rafraichi par la température ambiante, il repris les pans de sa fourrure pour les rabattre sur son corps fin, grelottant mais ne quittant pas Jaroslaw du regard, c'est là qu'il posa enfin une question qui avait de la vrai utilité :

- Au fait, vous vous appelez comment vous ? Et ça vient d’où votre accent ?
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Jarosław Koslowski
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Lun 25 Fév - 17:44

Le Polak, lui qui à l'origine n'était parti uniquement que pour voir, si par un quelconque miracle, il restait du bois à acheter à la quincaillerie, se retrouvait désormais dans une discussion, avec l'employé de la boutique en question, qui l'informait un brin sur la situation de la ville. Les dimensions socialisantes et humaines de la conversation était reléguée quelque part en arrière plan. S'étant ainsi délesté de toutes ses questions, voulant s'informer sur la possible prime qu'il pourrait y avoir sur l'individu ayant commis des braquages récemment, il ne lui restait plus qu'à attendre que le jeune homme en fourrure d'ours vis-à-vis de lui lui réponde.

Cependant, la réponse n'était pas aussi belle qu'il aurait pu l'espérer. Le caissier lui expliqua que ce n'était ni de la racaille à la recherche d'argent, mais pas non plus un coup organisé par des têtes recherchées, seulement le fait d'un individu, qui prétextait lutter pour sa propre survie. À l'écoute de ces propos, le polonais arqua un sourcil; les criminels trouvaient toujours des prétextes pour justifier leur délit comme ils trouvaient toujours de pauvres âmes pour les croire. Lui, au moins, Jaro' Koslowksi, ne se cachait pas derrière des futilités morales pour expliquer ses actes à ses victimes, les rares fois où ils s'adonnaient au pillage, au banditisme ou plutôt à l’extorsion. Soit, par bonne humeur, il affirmait volontiers sa volonté de s'enrichir, soit il se taisait; n'avait-il pas besoin de se justifier auprès d'un mort. Mais généralement, les cadavres qui gisaient devant lui n'étaient-ils que le résultat d'un contrat, de la somme versée par un quelconque concurrent. L'honneur était sauf.

Écoutant toujours attentivement, bien qu'un peu moins, la déception qu'il n'y ait eu aucune prime étant passé par là, il acquiesça doucement de la tête aux autres idées de travaux énumérés par le jeune caissier anonyme. Cependant, cet anonymat mutuel semblait bientôt se rompre, le jeune homme face à lui demandant ses origines, et son nom. N'hésitant pas longtemps, il donna son surnom communément utilisé – surtout dans le milieu professionnel, à l'époque où il était encore actif au Tennessee –, d'autant qu'il répondit directement aussi à la question sur son accent, dont lui même pourtant ne se rendait que partiellement compte. Les américains étaient vraiment tatillons sur la prononciation...

«Je viens de l'autrrre côté de l'Atlantique, du Vieux Continent...
Et depuis mon arrivée ici, en hommage à ma patrie que j'ai quittée... mais aussi à cause de mon accent que vous évoquiez... on m'appelle le Polak.
Auriez-vous l'amabilité de la réciprocité? Mr. ... ?
»

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Mar 26 Fév - 12:21

A ses questions lui parvinrent des réponses qu'il trouva fort intéressantes. Francis n'était ni historien ni géographe, mais malgré toutes les détonations qui avaient finit par lui remuer un peu trop le cervelet, il n'avait pas encore perdu toutes ces bien trop longues heures d'apprentissage de choses plus qu'inutiles à l'école. Aujourd'hui cependant, il remercia tout ce temps perdu qui allait lui permettre de montrer un tout petit peu de culture... Qui sait ? Peut-être que quelqu'un verrait enfin que ce n'est pas juste un pauvre petit con qui se contente de compter sur ses doigts la monnaie à rendre.

- Hum... Le Polak... Hem, pardon, moi c'est Francis, Francis Jefferson. Je sais que je possède un nom offert par l'immigration mais... Je suppose que j'dois bien avoir de l'ancêtre en France, sinon à quoi bon me coller un tel prénom.

Il sembla lever brièvement les yeux au ciel, comme si visiblement il s'était déjà dit qu'il pourrait s’appeler de manière plus originale... A dire vrai, il en avait déjà croisé une bonne poignée, d'homonymes.

- Et du coup, si je ne me plante pas. Vous, vous devez venir de... Un pays plus froid, plus loin dans les terres. Vous êtes Polagnais ? (En VO pour la classe : "You're a Polash ?") Ça fait quand même une sacré trotte jusqu'à l'Atlantique, et au moins autant pour venir se perdre ici... Remarquez, si j'me souviens bien, les hiver comme ça, ça doit pas tant vous faire peur, non ?

Eh oui, il faudra attendre le XXIe siècle pour voir des jeunes gens, et encore, pas des foutus yankee justement, arrêter de considérer un pays sur sa réputation et ce qu'on en dit dans des bouquins d'écoles aussi bourrés de clichés qu'un photographe de talent en plein New York. Cependant, pour le coup, faudra pas trop lui faire manger ses dents quand même, par ce que à le voir sourire et les exposer ainsi, on supposera alors évident que vu son "cursus académique", il n'as vraiment pas compris qu'en plus de dire des conneries, la chose était possiblement raciste...

Et le racisme, ça va bien avec les sauvages et les chintoks, pas les gens d'Europe, par ce qu'en Europe, on est tous une grande famille, même que c'est pour ça qu'on se mélange dans la joie et la bonne humeur pour coloniser cette Terre là !
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Mar 26 Fév - 18:10

Le vis-à-vis daignait en retour révéler son identité à son tour, expliquant qu'il portait malgré sa nationalité américaine, un prénom français, du à un quelconque ancêtre qui devait venir de là. Le Polak connaissait la France, de nom, de paroles rapportés. Un jour, un ivrogne – paradoxalement fort cultivé, devait-il être un de ces poètes maudits ayant mal tourné –, lui avait expliqué, alors qu'il ne cherchait qu'à aller acheter du blé au marché, que les François, comme ils les appelaient, n'étaient rien de plus que de terribles salopiauds hautains qui avaient voulu dominer toute l'Europe, à peu près à l'époque de son grand-père. Très peu porté sur l'histoire, Jaro' avait cependant déjà largement oublié tous les détails qui se rapportaient à cela.

Puis, Francis reprit le fil de la discussion, pour demander des précisions sur d'où il venait, écorchant en passant le nom de sa «Polska» natale, l'évoquant d'ailleurs plus ou moins comme un désert arctique qui ne semblait connaître des froids que comme l'actuel hiver qui frappait et étreignant Sunset Hill et ses alentours. Secouant doucement la tête, il répondit calmement de la négative, ayant entre-temps repris un air plus neutre que lors de la conversation autour d'une éventuelle prime sur la tête d'un quelconque criminel;

«Non, en Pologne, l'hiverrr est différent... et n'arrrrive pas en traîtrrre, accompagné d'un vent aussi puissant.
Ce n'est qu'ici que la naturrre et la vie sont aussi impitoyables que ses habitants...
»

Se raidissant légèrement, ôtant son bras gauche du comptoir pour être complètement debout lui-même, le Polak se tourna vers la sortie, jetant un coup d’œil vers l'extérieur. La neige et le vent semèrent toujours leur désordre, bien que d'une façon moindre qu'à son arrivée. Inspirant légèrement, il annonça enfin, autant pour son interlocuteur que pour lui même:

«Espérrrons que la situation s'améliorrre bientôt...»

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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Dim 3 Mar - 17:42

Toujours souriant et d'une politesse rarement égalé dans ce froid, le gamin s'était laissé apprendre quelque chose sur cette bonne vieille Europe avant d'acquiescer aux derniers mots du Polak sans même être vraiment certain qu'il lui soient adressés.

Et puis, un bref instant de silence, un ange qui passe, bercé par le son lointain des bourrasques hivernales au dehors, jusqu'à ce que le jeune homme ne sorte une réponse dans l'air, quelque chose de futile pour ne pas finalement laisser repartir son client sur une phrase paraissant pessimiste :


- Si Dieu le veut... Mais il est difficile d'imaginer pire... A moins que le Nord ne nous envoie une armée d'ours blancs pour tous nous dévorer.

Un léger ricanement, un mouvement de fourrure, juste de quoi tenter d’alléger à nouveau l'atmosphère, ou au moins tenter de la réchauffer un petit coup pour le pauvre mec qui se savait déjà condamné à retraverser le semi-blizzard du dehors. Et pis, brusquement, une idée, furtive, quelque chose à laquelle il n'avait pas pensé jusque là.

- Au fait, m'sieur le Polak, j'ai entendu dire qu'une expédition allait bientôt se monter pour tenter de stabiliser un peu nos réserves de bois. Si vous n'avez pas de hors-la-loi à pourchasser d'ici là, pensez à venir avec nous, franchement, une paire de bras, quelle tienne un rasoir, une paire de ciseaux ou une arme à feux, cela ne pourra qu'être bénéfique.

Ensuite, de là à pouvoir assurer son interlocuteur que la rumeur disait vrai... C'était une autre paire de manche, mais vu son ton de voix, il était certain que si tel évènement se déroulait, il en serait.
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MessageSujet: Re: De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]   Ven 5 Avr - 12:33

Le Polak scrutait attentivement l'extérieur, d'un air peu enthousiaste. La tempête rageait toujours, griffait toujours Sunset de ses crochets invisibles... Mais avait-elle perdu de sa fougue et de sa violence. La neige ne tournoyait plus dans tous les sens. Partiellement libérée des caprices du vent, elle tombait désormais lourdement au sol, dans de sordides crissements mornes. Malgré cette faible amélioration, l'ambiance restait effroyable et inquiétante, clouant mêmes les plus courageux à l'intérieur de leur foyer. La ville se mourrait dans ce froid... Il fallait espérer un miracle, une action décisive, quelque chose pour ne pas laisser glacer et mourir de froid la bourgade. C'était sans doute dans cet esprit que le jeune vendeur avait annoncé à Jaro' des rumeurs sur une éventuelle expédition, un cortège rassemblant les plus téméraires, les plus déterminés et les plus désespérés de la ville, pour tenter de stabiliser les réserves de bois...

Jaro' leva légèrement un sourcil; les habitants de Sunset allait essayer de travailler ensemble pour la survie de la ville? Ils avaient enfin décidé d'agir? Voilà qui était assez nouveau... Mais bon... Cela ne restait-il pas une rumeur, malgré tout? Juste une histoire que se racontait les voisins pour se rassurer et se donner de l'espoir? Le Polak haussa faiblement les épaules, puis, après un court silence, lâcha;

- Ce serrrait une bonne chose...
Espérrrons que cela se dérrroule bientôt... Ou nous serrrons déjà tous morts de froid...


Jetant un coup d’œil à l'extérieur, le Polak crût décerner le moment idéal pour tenter de rejoindre de nouveau sa chambre, qu'il louait déjà depuis bien longtemps... Se tournant une dernière fois vers le jeune vendeur, il lui fit un signe de la tête, acquiesçant symboliquement, lui signifiant qu'il allait saisir l'opportunité pour partir. Ses nouvelles acquisitions déjà empochées et la somme versée, il pouvait directement partir, sans tarder, sans risquer de rater l'occasion de la très faible et courte accalmie. Tournant le dos à Francis, enfonçant une dernière fois son chapeau de paille sur sa tête, Jaro' s'engouffra dans le froid, dans le terrible hiver, se dirigeant, déterminé mais péniblement, vers son «chez-lui».

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De l'automne à l'hiver, du Saloon à la Quincaillerie [PV: Francis]
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