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 Peau neuve

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Le Renégat

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MessageSujet: Peau neuve   Mer 4 Juil - 8:57

Le cavalier inconnu arrive en ville, il y a du monde, le train doit arriver sous peu. Au pas, il se porte tranquillement jusqu'à l'armurerie. Il n'est venu qu'une seule fois dans cette ville, mais ses souvenirs sont très clairs. Certaines personnes parmi les spectatrices de l'effervescence du moment le dévisagent. Ils ont tôt fait d'intuiter qu'il vient de loin. Le cavalier croise le regard d'un homme, ce dernier est saisi par le reflet animal de l'oeil de Tristan et se détourne. Au seuil de l'armurerie, il démonte lestement et attache à peine sa jument.

Ses bottes heurtent le solide plancher de l'établissement, il n'y a pas un client, seulement le boutiquier. Tant mieux.

"Bien l'bonjour monsieur."

Le Renégat salut l'homme en faisant partir sa main gauche de son front, façon militaire désinvolte. Le commerçant note immédiatement que son client ne porte pas d'arme, si ce n'est cet étrange couteau. Tristan parcourt lentement le magasin, s'arrête parfois, constate qu'on y trouve aussi chapeau et cache-poussière. Le propriétaire se trouve alors quelque peu mal à l'aise en percevant la respiration lente, profonde, et très régulière de son vis à vis. L'étranger passe un chapeau et se retourne vers le patron, très à son aise. Il fait entendre sa voix âpre et gutturale.

"Montrez-moi le Colt, sous cette vitre."


Il désigne l'objet en question et l'autre s'exécute poliment.

"Excellent choix."


Excellent choix, cet homme a dû répéter ces deux mots plus de fois qu'il a déféqué dans sa vie. Tristan reçoit ce magnifique six-coups orné de bois de santal. Il ne joue pas le numéro classique du pistolero sous-pesant l'arme et alignant son oeil à la mire, il sait tout de suite à quoi il a affaire, cette arme irradie toute sa main d'un rare savoir-faire, la qualité est là, c'est elle qu'il veut, et en double.

"Vous avez la pair ?"

"Oh, monsieur est adroit tireur, bien sûr."

Alors que le boutiquier s'affaire, Le Renégat enfile un cache-poussière marron de très bonne facture.

"Voici, excellent choix sur vos épaules monsieur. Vous prenez le tout ?"


"Hun hun."


"Besoin de munitions avec ça ?"


"Tout à fait."

"Bien monsieur, mais pardonnez-moi j'ai pour principe de toujours me faire régler avant de fournir mes clients en munitions. Tout ceci nous fait..."

En moins de rien, Le Renégat le saisit par les cheveux et lui cogne rudement la tempe contre le bois. Le coco s''écroule et finit attaché derrière le comptoir, bâillonné. De sa main vigoureuse, Tristan s'empare des balles qu'il fourre dans son cache-poussière et ses barillets. Tout ça est réglé sans hâte, il regarde un instant le boutiquier avec une moue amusée, et puis quitte les lieux.

Dehors, toujours autant d'allées et venues. Noire le regarde de ses grands yeux expressifs d'Appaloosa. Tristan prend sa tête entre ses mains et colle son front contre le sien. Quelques minutes plus tard, il est en selle au sud de la ville.


Dernière édition par Le Renégat le Jeu 5 Juil - 14:20, édité 1 fois
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Le Renégat

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MessageSujet: Re: Peau neuve   Mer 4 Juil - 16:02

Il va sud-ouest à l'allure que veut bien fournir la jument. Il a constaté que Noire est capable d'un galop relaxe, elle n'est pas comme la plupart des chevaux des colons pour qui le galop est synonyme de sprint furieux et qui ne tiennent pas la longueur ; elle est vraiment confortable.

Tristan a une idée toute récente en tête, il n'y avait pas pensé en venant s'équiper à Canyon City, mais c'est ici que le colonel John Chivington s'est retiré après qu'il se soit couvert d'opprobre dans les rangs de l'armée. Ce vieux salopard est responsable de la mort de centaines de natifs, femmes et enfants compris, qui affichaient drapeau américain et fanions blancs sur leurs tentes au moment de l'attaque. Il compte parmi ces assassins qui ont piétiné les traités en découvrant l'or que renferment les montagnes. Pour Le Renégat, son âme doit être moissonnée sans délais.

Voilà justement des bûcherons employés de la scierie Chivington qui vont dans le sens opposé. Tristan stoppe sa monture et les interpelle :

"Messieurs, j'ai rendez-vous avec John Chivington, vous m'confirmez qu'je suis l'bon chemin ?"


"Tout à fait, il est à la scierie, droit par là. Si vous n'l'y trouvez pas c'est qu'il est peut-être chez-lui, il demeure juste en face son affaire."

"Merci."


Un voile sombre passe sur son regard et il brille maintenant d'une lueur sanguine.

Il arrive à destination un peu trop tôt et décide de patienter, il le veut à l'heure du souper. De là où il est embusqué, il peut le repérer facilement. Durant plus d'une heure il n'aperçoit que des visages inconnus, et puis le voilà enfin, ce cher John. Tristan a un souvenir de lui moins gras. Bientôt la scierie est vide, le patron s'achemine lentement vers sa maison, dégainant gentiment sa tabatière. Le Renégat inspire profondément et expire doucement sa haine noire.


Dernière édition par Le Renégat le Dim 15 Juil - 17:25, édité 1 fois
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Le Renégat

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MessageSujet: Re: Peau neuve   Jeu 5 Juil - 8:14

A l'intérieur de la chaumière ça sent bon le poulet, l'ancien colonel est accueilli par sa fille et son fils qui l'enserrent dans leurs petits bras frais. Sa femme lui lance :

"Eh bien tu n'es pas en avance John, encore un peu et je devais sortir la volaille du feu avant ton arrivée."


"Je suis là Clarice, pardonne-moi ma chérie. A table les enf..."


BLAM ! La porte s'ouvre violemment et notre homme surgit. Clarice pousse un cri et laisse tomber sa cuillère. Son arme pointée sur le pépère, il s'adresse à sa femme.

"Assise !"

Elle ne réagit pas tout de suite, tétanisée, et John écarte les bras pour cacher ses enfants perclus de peur derrière lui.

"ASSISE !"

Cette fois elle s'exécute.

"John Chivington ! Assois-toi dans cette cuisine avec ta femme et tes enfants ; et cesse de craindre pour eux, pense plutôt à ton sort."

Il agite doucement son arme pour lui indiquer la direction et monsieur le propriétaire obéit. Toute la famille est assise maintenant. Tristan entre à son tour dans la pièce et pose tranquillement son Colt sur la table, face à eux. Il ne quitte pas des yeux Chivington et calque son souffle sur le sien, de longues secondes s'écoulent ainsi, le père de famille regardant alternativement l'étranger et son arme, à portée de ses doigts boudinés. Tristan étire un coin de lèvres, formant un sourire gouailleur sur son visage.

"Misérable."

Il se détourne et s'intéresse au diner, et comme de juste, le pauvre John se laisse prendre au piège en se jetant sur l'arme. Il reçoit un coup de poing forgé dans la haine en pleine figure et s'étale par terre. Son épouse couvre les yeux de ses progénitures en les amenant à elle.

"S'il...s'il vous plait monsieur, s'il vous plait."


Calmement, ses yeux bleus dans ceux de Clarice, il prononce :

"Relève-toi John."


Il récupère son calibre .45 et le rengaine, fait volte-face, saisit son couteau Chiricahuas, plante le poulet, et le sort du feu pour le poser sèchement sur la table. D'un geste mesuré, il tranche la viande et porte un beau morceau de blanc à sa bouche.

"Relève-toi."

D'une main encore ferme, John agrippe le dossier de sa chaise et se redresse.

"Allé assis."

Tristan pose son séant en même temps que son vis à vis. John respire fort, il regarde sa jeune femme, et puis ce concentre sur cet inconnu qui goûte son dîner. Qui peut-il bien être ? Et cette aura de mort qui l'accompagne ? Il fronce les sourcils tant les questions déferlent et pèsent sur son front. Le Renégat prend son temps, il mange sans se presser, avec une certaine tenue, son regard passant de la proie qu'il consomme à celle qu'il s'apprête à abattre. Et puis il se met à parler, sa voix investissant les murs de la maison avec la force des conteurs.

"29 novembre 1864, Sand Creek, tu ordonnes le massacre de cinq cents Cheyennes et Arapahos. Je vois les tentes des indiens surplombées de notre drapeau, je les vois en paix, je vois les hommes du capitaine Silas Soule immobiles, et toi menant une charge à laquelle mon être entier refuse de se joindre. Le sang de ces enfants..."

Son regard se trouble un instant avant de noircir furieusement. Clarice serre ses petits contre elle, John pivote légèrement le visage, recule dans sa chaise, retient son souffle et fixe Tristan, le regard oblique. Le Renégat essuie son couteau et le replace à sa ceinture. Relevant les yeux sur le colonel, il reprend :

"Et tu dors John ? Tu t'engraisses ? Tu t'enrichis ? Tu n'entends donc pas ces os craquer sous tes bottes à chacun de tes pas ? Tu n'vois pas l'eau de ton bain se teinter de rouge ? Les fondations de notre maudit pays reposent sur un charnier et tu n'sens pas l'odeur ?"

Il marque une pause pour considérer son homme, pénétrer son âme du mieux qu'il peut.

"Mon...mon garçon, j'ai fait ce qu'il...ce qu'ils attendaient de moi, je n'avais pas le choix !"


"On a toujours le choix."

Le tir est foudroyant, un mince filet de sang s'achemine entre les sourcils de John, les bras lui tombent, la moisson est faite. Tristan se lève subitement, Clarice, qui a fermé les yeux, se contente de maintenir les visages de ses deux trésors contre sa poitrine. Et puis le silence, avant qu'un vent sinistre ne murmure un lointain galop.
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